jeudi 19 novembre 2015

Filer moyen

"Mon royaume pour une pho au boeuf!", m'écriais-je, samedi.

Mes amis, l'heure est grave.

Depuis quelques jours, mon corps fait tout son possible pour me rappeler qu'il n'est qu'un amas de chair, de fluides et d'os, pour qui la perfection de sa conception n'a d'égal que sa fragilité.

Je suis grippé.

"Arrête de te plaindre", me dira l'une, "Imagine ces pauvres gens qui sont terrassés par la fièvre Ebola", me dira un autre, "Ouache, t'as de la morve séchée sur le bord du nez, mouche-toi comme du monde, crisse", m'éructera un troisième. Certes, bien que ces phrases touchantes sont en fait des manières modernes de me souhaiter un prompt rétablissement, je crois sincèrement qu'il est de notre droit de citoyen du monde de chiâler un brin sur notre piteux état.

Ce que je fais. Abondamment. À juste titre parce que...

Si je fais l'étalage de mes déboires phlegmatiques, c'est avant tout à un groupe sélect d'élus qui me sont proches et que j'estime. Ces personnes devraient ainsi se sentir privilégiées que je leur raconte le trimard de mon dernier morvia, la complainte de mon mal-être ou le récit de mon après-midi de documentaires Netflix sur le cycle de reproduction des anémones. Déverser ainsi mon fiel glaireux, c'est dire aux gens que je leur fais assez confiance pour leur exposer ma vulnérabilité, sans filtre. Vincent, sans artifice, dans son plus simple appareil (immunitaire).

Mettre en lumière cet état de marde qui m'afflige, c'est donc, mes amis, de vous dire à quel point je vous aime.

Alors, de grâce, laissez-moi vous expliquer, encore une fois, comment les mouchoirs normaux m'irritent le dessour des narines au point de me faire saigner, tel Éric Lapointe un mercredi soir.

Car ceci est ma souffrance, livrée pour vous.



P.-S. Je vais déjà mieux, merci.


mardi 13 octobre 2015

Est-ce l'Est ou est-ce l'Ouest - Jasper


Section 1 - Promenade dans les airs

Partis, fringants et surchargés, aux premières lueurs de l'aube, les premières minutes de ce voyage dans les Rocheuses furent (s'cusez mon calembours géologique), plutôt cahoteuses. Disons que la voiture du bon ami Mathieu a choisi un bien drôle de moment pour faire la vlimeuse.

En effet, quand on a un avion à prendre dans les prochaines heures, perdre son pot d'échappement et le laisser traîner sur l'autoroute Ville-Marie (passant bien près d'incendier les voitures qui nous suivaient avec nos étincelles), ce n'est jamais une bonne idée.

Comme en témoigne l'égoportrait de champion ci-dessous (un classique chez les fervents voyageurs), ce petit contretemps mécanique eut pour effet de mettre Mathieu en beau fusil.

Rassurez-vous, une fois rendus au-dessus de la Saskatchewan, Mathieu avait retrouvé sa frimousse friponne. Faut croire que le relief plat et les rivières riches en alluvions l'apaisaient.


   


Section 2 - Constats 

Constat premier :

Jasper, c'est beau en ti-pépère de Saint-Ciarge!

La preuve :


  

 

Pas pire pareil, han?


Constat deuxième :

Généralement dans la vie, être sympathique est une bonne affaire (sauf, mettons, si tu fais face à un escadron de carcajous sur le PCP qui veulent te dérober ton NIP pour s'acheter plus de PCP. Là, ça ne changerait rien.). Qui plus est, être sympathique peut parfois même être payant (oui, oui, au sens monétaire)!
Bin croyez-le ou non, au comptoir de location de voiture, nos petits minois rayonnants d'enthousiasme et nos blagues témoignant de notre soif de découverte nous ont valus un tannant de beau rehaussement de véhicule.
Pensant devoir éviter les pick-ups de l'Ouest à bord d'une sous-compacte urbaine (austérité oblige), nous nous sommes finalement retrouvés au volant de 2 tonnes de pur muscle américain, sous la forme d'une Dodge Charger flambette.

Eul'gros luxe que j'vous dit!

Mathieu, fier.

... Évidemment, notre voiture-fusée détonnait un brin dans l'océan minivans des familles de classe moyenne-basse de notre terrain de camping à prix modique.

Hors champ : Les minivans dont je vous parle.


Constat troisième :

Les bouchées de poutine congelées de Saint-Hubert supportent très mal le voyage interprovincial, tant par air que par route.

Donc, notre ami Eric (Ah oui, c'est lui qu'on venait voir, avant même les montagnes et les wapitis. Eric vit dans l'Ouest depuis quelque temps, sauve des gens, boit de la bière trop coûteuse et relocalise des ours avec ses mains. Eric a bin du fun.) a beau avoir été attendri par la délicate attention de lui apporter une boîte de ces probables délices, mais n'a pu cacher son désarroi lorsque, sortant du four, les bouchées promises ressemblaient à des flaques de sauce brune à une température s'approchant de celle du noyau terrestre.

Eric, béat, mais ignorant qu'il sera trahi par les bouchées de pout' au magma.



 Section 3 - Voir d'zaffaires (affronter le dehors)

Eric aurait bien aimé nous faire visiter tous les joyaux de son beau parc, mais avec si peu de temps à notre disposition, je crois qu'il aurait fallu consommer des quantités titanesques de crystal meth pour n'en voir ne serait-ce que la moitié.

Ceci dit, on s'est quand même grayé de trois bonnes journées sur les sentiers...


Mathieu de face, ainsi qu'un paysage à couper le souffle.

Mathieu de dos, ainsi qu'un paysage à couper le souffle.
 
... Ainsi qu'une journée sur un glacier, oui, oui, un vrai (là où l'eau de glacier est mise au monde)!

Les feux de forêt qui rageaient dans l'État de Washington au moment de notre périple créaient un hâle qui donnait un air vaguement vénusien à notre beau glacier. Sérieux, avoir été Ridley Scott, j'y aurais tourné un film.



Mathieu, constatant l'ampleur de la tâche


  

Oui, c'est viargement gros.



  



Mes amis digérant leurs sandwichs. Mignon!

Il va sans dire, cramponner un glacier pendant 7 heures, tout en évitant de mourir en tombant dans des crevasses de 50 mètres (dont il est impossible de t'extirper si jamais tu y tombes, ouache), ça finit par te travailler le Canadien.

Je vous mentirais si je vous disais qu'on n'a pas songé à abandonner Mathieu à ce moment-là.


Repose-toi, doux prince.


Section 4 - Nightlife 


Je pourrais vous raconter en détail que Jasper offre une superbe sélection de (2) bars aux jeunes gens en quête de plaisirs folichons (ou aux touristes allemands pensant vivre une expérience on ne peut plus culturelle), mais bien honnêtement, il n'y avait pas de quoi écrire à sa mère.

Tsé, tant qu'à être  dans le bois, aussi bin boire et festoyer comme du monde de bois. C'est à dire avec une bonne Caribou Lager autour d'un feu qui arde depuis une vieille cuve de sécheuse.
Mercredi : Soirée-sacrifice au nom des dieux de la forêt.


 Section 5 - Flore et faune

C'est justement lors de l'une de ces soirées que j'ai eu la chance de faire un tête à tête avec l'une des légendes vivantes du parc national, le wapiti commun.

Éthyliquement courageux, j'ai (naïvement) cru que la maman-wapiti serait d'adon et qu'elle ne tiendrait pas rigueur à l'apprenti journaliste en boisson que j'étais, et qu'elle ne se bâdrerait pas des quelques clichés que je prenais d'elle et de son petit.

Plus de peur que de mal, ne vous en faites pas.

Maman-wapiti, sur le point de charger,
puisque visiblement irritée par mon flash.


Autrement, Mathieu s'est fait un ami végétal, qu'il s'est empressé de nommer à titre de "sa plante préférée". Il n'a, toutefois, pas pris le temps de s'informer au sujet du nom, de l'espèce ou des caractéristiques de sa nouvelle amie photosynthétiseuse.


Photo Tinder de la plante de Mathieu.


Aussi, il arrive que les forêts brûlent, ce qui donne une allure assez glauque aux randonnées. Ça a l'air triste, mais on avait l'impression de marcher sur des Doritos et l'air sentait le bon BBQ. Un mal pour un bien quoi!


"Crounch-Crounch" - Le sol, 2015



Section 6 - Badineries et frivolités

Comme vous l'avez probablement deviné, contrairement à la plupart des gens, Mathieu et moi apprécions avoir du plaisir. Malheureusement, nos déconnades sont trop souvent spontanées, donc difficiles à documenter. En voici quand même deux échantillons, mes chanceux. Attention à vos rates!


D'abord, ce moment absolument désopilant où j'eus la présence d'esprit de faire comme si Mathieu était un condiment dans un sandwich géant!

Vraiment, là je me suis surpassé!

Ou encore lorsque nous avions fait une pause-exploration-de-belles-choses-de-bord-de-route et que Mathieu, surchauffant dans son coton ouaté Rona, cru bon en faire une robe cocktail, jouant ainsi les allumeuses des grands chemins, affriolant ainsi les pères de famille qui roulaient derrière.





Section 7 - Bref

Bref,

Le Parc National de Jasper, c'est beau (probablement même plus que vous le pensez), mais c'est encore mieux quand on a la chance de le partager avec des gens qu'on estime / apprécie / aime / tolère / a du fun avec.

#Tourlou

mercredi 17 juin 2015

Propriétariat.jpeg

Piou-piou maison laser


Y'a pas à dire, le processus menant à l'achat d'un bout de terre chapeauté de plusieurs étages de bitume, mortier, briques et bois vient avec son lot de torrieuseries.

Parfois insidieux, d'autres fois carrément dressés-devant-moi-me-faisant-des-dans-l'cul-en-riant, ces petits défis ont tôt fait de nous rappeler que dans la vie, vaut mieux s'armer de patience et d'une barre à clous.

Ça fait partie du plaisir d'être propriétaire!
, me dira-t-on, ricanant grassement, bière à la main en me tapant dans le dos, alors que j'en serai à arracher ma 39e planche de gypse moisie par la négligence de l'ancien proprio, ou alors que je me fendrai l'postérieur à arracher les derniers centimètres carrés de tapis brun en dessous d'un bain datant de la Conquête.

Faut dire que je ne m'aide pas non plus. L'autre jour, à l'occasion de notre séance houblonnée hebdomadaire, Mathieu et moi sommes tombés sur l'émission Propriétaires en otage, où les témoignages de propriétaires-locateurs s'enlignaient comme un cauchemardesque collimages d'horreurs. Des plans pour que je ne loue exclusivement qu'à des septagénaires sourds, silencieux et qui travaillent majoritairement à l'étranger, histoire d'avoir la paix.

Ça fait partie du plaisir d'être propriétaire! Batinsse, ils auront finalement probablement raison! Parce qu'une fois que je me serai forgé le caractère et l'aurai égalisé au buffer, j'ai l'impression que cette série d'expériences m'auront transformé en impitoyable propriétaire, prêt à mordre dans le jarret de la vie, en grand requin de l'immobilier que je serai devenu.

 D'ici là, je tâcherai de me répéter que Rome ne s'est pas bâtie en criant ciseau, qu'à chaque jour suffit son pain quotidien et pleins d'autres proverbes prédigérés dont la formulation exacte semble m'échapper.

jeudi 11 juin 2015

On ne m'a pas écouté : (

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: (


Aujourd'hui, on ne m'a pas écouté : (

Je rentrais au boulot à 15h plutôt que 10h. Tout le monde était comme: "whatttt kessé ça?? Lol chanceux!!". Ce changement d'horaire suscitait la curiosité. Si bien que, lorsque je suis rentré dans la salle des employés, une employé qui était là m'a demandé: "As-tu pu profiter du beau temps?". Ce à quoi j'ai répondu que oui, mais que, si elle avait ouvert ses esti d'yeux d'attardée, elle aurait vu qu'il faisait pas si beau que ça dehors (c'est pas tout à fait exactement ça que j'ai répondu par exemple). En effet, toute la journée, on se demandait si l'orage ne nous éclaterait pas sur le crâne. Ensuite, sa réponse à ma réponse fut un petit rire faux tout à fait absent, alors qu'elle avait les yeux rivés sur son Ipad. J'ai bien vu que ma réponse n'avait pas du tout été enregistrée dans son crâne.

Je me suis alors dit dans mon crâne: Pourquoi me poses-tu une question si tu ne veux pas de réponse? Tu m'as obligé à répondre à ta question pis tu m'écoutes même pas en plus?? Quel est ton problème?

J'ai alors démissionné et suis maintenant sans-abri.

vendredi 29 mai 2015

Histoire de lunch

 
 
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"Eat whatever the fuck you wan't"


Des fois, t'as un lunch. Ton lunch est composé de quelques éléments. Le plat principal, une boisson, un dessert et un fruit. Des fois, tu finis ton repas principal et t'en es au dessert ou au fruit. Y'a pas de règle à suivre dans ces cas-là. Si tu veux ton dessert avant ton fruit, fais ça. Si tu veux ton fruit avant ton dessert, fais ça. Y'en a qui pourrait trouver ça bizarre de ne pas toujours suivre le même ordre. Mais l'ordre dans les lunchs, c'est une question de feeling.


En relisant, je pourrais remplacer les "tu" par des "je". C'est plus une confidence sur ma vie que je vous fait là.

mercredi 20 mai 2015

Mon vieux char tout rouillé

 
 
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Mon char et des badauds


Je vous l'ai jamais présenté, mon vieux char tout rouillé. Pourtant, il existe. Pourtant, il fait partie de ma vie. Depuis l'automne de l'an 2011, que je possède en effet mon vieux char. Peu à peu, au fil du temps, il est devenu mon vieux char tout rouillé. Les chars rouillés, c'est pas rare. Mais depuis quelques temps, sur mon char, de la rouille s'est déclarée, telle une gangrène métallique, près de mon miroir gauche. Si bien que, du triste spot de rouille, s'écoule sur toute la longueur de la porte des larmes de rouilles lorsque la pluie tombe. Ça fait vraiment dur. Et c'est ce qui fait que mon char, il est pas rouillé comme les autres.

Certains pourraient me dire "Ben si y'est rouillé, ton char, pis que tu trouves ça laid, arrange-le donc." À ces gens, je répondrais simplement "Oui". Je devrais faire ça. Mais qui a l'argent pour ça? Qui veut s'engager dans le combat perdu d'avance de la lutte à la rouille? Je laisse donc l'oxydation et le temps faire leur œuvre.  

Mon vieux char est d'une couleur affreuse. La rouille qui se déclare en maints endroits sur le bodé permet d'attirer l'œil du badaud sur autre chose que l'affreuse couleur de mon auto. Certains diraient: "t'as un esti de char de marde, man" Moi je répondrais: "Non. Faux. Il roule. Il a la radio. Une radio custom même. Je sais pas comment afficher l'heure dessus." J'ai déjà fait un ménage de printemps dans mon auto. Je serais certainement dû pour un autre.

Je pourrais conter plusieurs histoires sur mon char.

Fin.

mardi 21 avril 2015

Au jour de maintenant

Moi, sémantiquement rassasié


Ça y est. Ça arrive à tout le monde et ça vient tout juste de m'arriver. Ce phénomène que je suspectais d'exister, tout en ignorant sa présence dans l'imaginaire collectif.

Satiété sémantique

Après avoir répété plusieurs fois le même mot, il devient soudain vide de sens, phonétiquement inesthétique et mentalement incompréhensible.

Heureux de savoir que cette occurrence était aussi répandue qu'inoffensive, je me suis empressé de remettre mon internement à une date ultérieure. Mes proches s'en verront rassurés, puisque je viens de vivre cet affreux sentiment.

Un mot, pourtant über-commun, m'a poussé au bord du maelström psychotique, ou du moins, d'un coma causé par une violente attaque de vomissements. Bin voyons, quel mot a pu te turlupiner à ce point, me demanderez-vous?  

Aujourd'hui, le damné mot aujourd'hui.

Ce mot qui, phonétiquement, semble enraciné dans un quelconque folklore Flamand du Moyen-Âge, mais qu'on persiste à employer à qui mieux mieux par une quelconque coquetterie historico-linguistique. J'ai toujours un peu de misère à me faire à l'idée qu'à notre époque, nous n'utilisions le mot « hui » (qui signifie maintenant, en ce moment, là) qu'avec « aujourd' » sauf si on s'appelle Michel Folco et qu'on désire beurrer notre savoir lexical plus épais que la moyenne.

En plus de tout ça, aujourd'hui est un pléonasme crasse puisque, on ne se le cachera pas, dire au jour de maintenant, c'est agressivement redondant.

Vous me pardonnerez donc cette montée de lait, mais si comme moi vous croyez qu'aujourd'hui n'a plus sa raison d'exister en ce 21e siècle, prenez la rue et faites entendre votre voix!